
Avec Cœur qui bat, Meÿna ouvre un nouveau chapitre artistique placé sous le signe de la transmission, de l’amitié et des nouveaux départs. Après avoir osé l’écriture à 58 ans avec Starting Over, un premier titre intime dans lequel elle posait des mots sur une dépression post-partum vécue après la naissance de sa fille, l’artiste poursuit aujourd’hui son chemin avec Ditzar, pianiste, auteur-compositeur et complice de création. Ensemble, ils signent un duo pop-variété sensible, pensé comme une rencontre entre deux générations, deux univers et une même envie de transformer les émotions profondes en musique. Une trajectoire qui résonne particulièrement avec l’ADN de Be-Femme : parler de résilience, de féminité, de maternité, de reconstruction et de liberté d’être soi. (Dooweet) : Avec Cœur qui bat, vous chantez les nouveaux départs, l’amitié et le temps qui passe. Qu’est-ce que ce titre raconte de votre moment de vie actuel ? Ce titre, composé par Ditzar et co-écrit par nous deux, est un peu le récit de l’aventure magnifique que je vis depuis un an. Il raconte comment, grâce à ma rencontre avec Ditzar, à notre collaboration artistique et à l’amitié fusionnelle qui est née entre nous, j’ai pu commencer une nouvelle vie dont je n’aurais jamais osé rêver, surtout à mon âge. C’est Ditzar qui a voulu me dire dans cette chanson que j’avais le temps de faire beaucoup de belles choses et c’est moi qui lui dis que c’est grâce à notre rencontre et à cette amitié que je vis désormais une aventure incroyable.
Vous avez commencé à écrire à 58 ans avec Starting Over. Qu’est-ce qui vous a donné la force, à ce moment-là, de mettre enfin des mots sur votre histoire ? C’était plus une nécessité qu’une force. Il fallait absolument que je trouve le moyen de dire à ma fille certaines choses que je n’avais jamais pu lui dire. C’était une sorte d’ultime tentative de restaurer une relation et un dialogue entre nous. De lui expliquer ce qui m’était arrivé à sa naissance et de lui demander pardon aussi.
Starting Over évoquait la dépression post-partum, un sujet encore trop peu abordé publiquement. Pourquoi était-ce important pour vous d’en parler en chanson ? À l’origine, cette chanson n’était destinée qu’à ma fille. J’avais chanté toute ma vie, mais je n’en avais pas fait ma profession et je n’avais jamais composé la moindre note. Au départ donc, mon intention n’était pas d’en parler aux autres mais seulement à ma fille, pour qu’elle comprenne ce qui m’était arrivé, ce qui nous était arrivé. C’est quand Ditzar l’a entendue, peu de temps après notre rencontre, qu’il m’a convaincue qu’il fallait la partager avec d’autres femmes. Celles qui avaient vécu la même chose ou celles qui la vivraient peut-être un jour à la naissance de leur enfant. Pour leur dire qu’elles n’étaient pas seules et pour les inciter aussi à se faire aider.
Avez-vous eu le sentiment, en écrivant ce titre, de vous libérer d’un silence gardé pendant de nombreuses années ? Oui, vraiment. À la naissance de ma fille, je n’ai parlé à personne de ce qui m’arrivait. Ni à mon mari, ni à ma mère, ni à mes amis. J’avais tellement honte. J’en ai parlé seulement à un psy 18 ans plus tard et c’est lui qui a enfin mis les mots sur ce qui m’était arrivé. Quand Ditzar m’a convaincue de publier cette chanson, ce qui me semblait inenvisageable au départ, et qu’on l’a mise en ligne, je me suis effectivement sentie libérée d’un énorme poids, porté en silence depuis tant d’années. Enfin, j’ai commencé à en parler librement. Et là, j’ai reçu tellement de témoignages de femmes qui ont vécu la même chose et qui m’ont dit se retrouver dans cette chanson.
La maternité est souvent présentée comme une évidence heureuse. Qu’aviez-vous envie de dire aux femmes qui vivent aussi une période plus sombre après la naissance d’un enfant ? Il n’y a rien de plus bouleversant dans la vie d’une femme qu’une naissance, surtout la première. Ça ne se passe pas toujours comme on l’imagine, comme dans de beaux films américains ! On peut ressentir des choses tellement contradictoires, mais rien n’enlève l’amour profond qu’on porte à son enfant. J’ai envie de dire aux femmes d’être vigilantes après la naissance, de ne pas se laisser submerger par des émotions qu’elles ne comprennent pas et surtout de ne pas sombrer dans la honte. Il est important de parler, de se faire aider par des professionnels qui savent traiter la dépression post-partum et qui savent aider une mère et son enfant à surmonter ce mauvais départ, à construire un lien.
Pensez-vous que la musique peut aider à réparer ce que l’on n’a pas pu exprimer au moment où on le vivait ? Oui, totalement. Il m’a fallu 27 ans avant de trouver par la musique un moyen de soulager un peu cette douleur que je portais en moi.
Avec le recul, comment regardez-vous aujourd’hui la femme et la jeune mère que vous étiez à cette période ? Quand je pense à cette jeune mère que j’étais, qui vivait seule cette terrible épreuve, je suis remplie de regrets et de tendresse aussi. Ma vie aurait été tellement différente si on m’avait aidée à ce moment-là, si j’avais pu ou su parler. Mais c’était il y a 27 ans et c’était encore un sujet très tabou et peu pris en charge. Cœur qui bat marque une énergie plus lumineuse, tournée vers la rencontre et la renaissance. Est-ce une manière de montrer qu’après la douleur, il peut aussi y avoir un nouvel élan ? Oui, tellement. Ma rencontre avec Dimitri et cette chanson Cœur qui bat que nous avons écrite ensemble sont la preuve que la vie peut vous surprendre à tout âge. La douleur et la honte que je ressentais depuis si longtemps se sont atténuées grâce à Starting Over et maintenant je profite pleinement d’un cadeau de la vie qui m’a été donné. Je vis une aventure incroyable, à la fois artistique et humaine. La connexion entre Ditzar et moi ne s’explique pas. Nous avons une trentaine d’années d’écart et pourtant nous avons une amitié fusionnelle et une connexion artistique absolue. Les enfants danseurs qu’on voit dans le clip de Cœur qui bat représentent justement la rencontre de nos âmes sœurs.
Votre duo avec Ditzar est né d’une rencontre décrite comme bouleversante. Qu’est-ce qui vous a immédiatement reliés artistiquement et humainement ? Humainement, on a certainement été reliés par nos histoires respectives. Quand Ditzar m’a vue la première fois sur scène, il a tout de suite perçu la mère en moi en me proposant, sans me connaître, le rôle de la mère dans le film qu’il était en train d’écrire. Ditzar est né en Bulgarie et a passé les deux premières années de sa vie dans un orphelinat avant d’être adopté par ses parents en France. Un parcours de mère douloureux de mon côté et un parcours douloureux à la naissance du sien. On s’est tout de suite compris. Artistiquement, il m’a dit avoir été subjugué quand il m’a vue chanter sur scène. Et la première fois que nous avons travaillé ensemble, quand il a fait l’arrangement de Starting Over, il a suffi qu’il me joue quelques notes de piano pour l’introduction de la chanson pour que je sois totalement émue et conquise par son talent. Il y a une vraie différence de génération entre vous deux. En quoi cette différence est-elle devenue une force dans votre création ? C’est difficile à formuler de cette façon. Notre relation est tellement forte, mais tellement atypique aussi, que ça nourrit certainement ce que nous créons ensemble. On dit toujours qu’on ne ressent pas la différence d’âge entre nous, mais clairement on apporte des choses différentes. Ditzar apporte sa jeunesse, son talent, sa fragilité, sa fougue, son imagination et de mon côté j’apporte mon vécu, mon amour pour le chant, beaucoup d’émotion et une certaine sagesse aussi. On apporte tous les deux notre passion commune pour la musique et on se complète. Cœur qui bat parle aussi du temps qui passe. Est-ce un sujet qui vous touche davantage aujourd’hui ? Oui, c’est un sujet qui me touche énormément alors que je ne l’aurais jamais cru plus jeune. À la base, Ditzar m’a composé cette chanson parce que je lui ai confié ma peur de vieillir. Je ne m’identifie clairement pas à l’âge que j’ai aujourd’hui, mais c’est surtout le regard de la société qui est très dur à supporter. À 60 ans, on est considéré comme vieux. Que ce soit dans le monde de l’entreprise, dans le monde artistique ou de manière générale, et d’autant plus quand on est une femme. Aujourd’hui, je ne me sens pas du tout vieille. Au contraire, je crois que je n’ai jamais eu autant d’énergie, que je déploie sans cesse dans de multiples projets artistiques, et j’ai plus que jamais une âme d’enfant, émerveillée par les choses que je suis en train de vivre. Le texte du morceau évoque une nouvelle vie née d’une rencontre. Avez-vous le sentiment que la musique vous a offert une seconde naissance ? Oui, aujourd’hui grâce à Starting Over et grâce à ma rencontre avec Ditzar, je vis des choses que je n’aurais jamais imaginées possibles, surtout à mon âge. Et c’est ça que j’ai voulu raconter avec les paroles que j’ai ajoutées à celles de départ écrites par Dimitri.
Vous venez de l’univers de la comédie musicale, notamment avec une expérience autour de Mamma Mia. Qu’est-ce que cet univers scénique a laissé dans votre manière de chanter et d’interpréter ? J’ai joué dans plusieurs comédies musicales, y compris Mamma Mia, dans des productions amateurs. J’adore faire de la comédie musicale car on joue un personnage et on raconte une histoire. On est forcément dans la transmission d’émotions liées à l’histoire que l’on raconte, que ce soit de la joie, de la tristesse, de l’amour ou de l’humour. Quand je chante, j’ai besoin de raconter une histoire et d’interpréter les émotions qui en ressortent.
Votre voix semble porter beaucoup de vécu. Cherchez-vous avant tout la justesse émotionnelle plutôt que la performance vocale ? Complètement. Ce n’est pas que j’ai une grande voix, mais je cherche toujours à transmettre de l’émotion quand je chante. C’est vital pour moi. Cœur qui bat mêle piano, énergie pop, guitares, batterie et textures modernes. Comment avez-vous trouvé l’équilibre entre émotion intime et énergie plus collective ? Je crois que cette combinaison reflète qui nous sommes Ditzar et moi. Justement, nous sommes deux êtres profondément émotionnels, mais aussi habités par une vraie passion pour la vie et pour l’aventure que nous sommes en train de vivre ensemble. Ça transparaît forcément dans la chanson.
Vous contribuez également à l’écriture des paroles. Est-ce important pour vous de ne pas seulement interpréter, mais aussi de prendre part au récit ? Oui, c’est essentiel et pourtant c’est très nouveau pour moi. Starting Over était ma première expérience de composition et d’écriture aussi. Avec Cœur qui bat, Ditzar m’a invitée à ajouter des paroles à sa version d’origine. Je n’aurais peut-être pas osé s’il ne me l’avait pas proposé. Sa première version était un message magnifique qu’il voulait me transmettre pour me dire que j’avais le temps. En ajoutant mes propres paroles, j’ai pu faire le lien entre ce message et tout ce que notre rencontre et notre amitié m’ont apporté.
En tant que femme artiste qui ose se lancer pleinement à un moment de vie où l’on attend parfois des femmes qu’elles se mettent en retrait, quel message avez-vous envie de transmettre ? Qu’on peut réaliser ses rêves à tout âge. Qu’il faut rejeter les préjugés et les idées préconçues. Qu’il ne faut pas avoir peur ! Qu’il faut toujours suivre son cœur.
Pensez-vous qu’il existe encore trop d’injonctions autour de l’âge, notamment pour les femmes qui veulent créer, chanter, commencer ou recommencer ? Oui, bien sûr. Ce n’est quand même pas tous les jours qu’on voit des artistes de mon âge émerger, et encore moins des femmes. On a l’impression même qu’au-delà de 30 ans ce n’est pas la peine de se lancer, qu’on n’intéressera personne. Je suis consciente que ma démarche est très inhabituelle, mais ce qui est beau, c’est que c’est justement un jeune homme de 27 ans, Ditzar, qui m’a encouragée et qui m’a donné la confiance pour le faire. Sans lui, sans cette validation de sa jeunesse, je ne me serais jamais lancée dans une telle aventure. Votre parcours montre qu’il n’est jamais trop tard pour exprimer ce que l’on porte en soi. Cette idée est-elle centrale dans votre démarche ? Oui, complètement. J’ai envie, au travers des chansons que j’écris ou que nous écrivons ensemble avec Ditzar, de raconter mon/notre vécu, de me libérer de certaines choses du passé, mais aussi de parler des belles choses de la vie. Je ne sais pas si ça peut intéresser les gens, mais en tout cas ça me fait du bien d’exprimer tout ça par la musique.
À travers vos chansons, on sent une volonté de transformer les émotions enfouies en quelque chose de vivant. Est-ce votre définition de la résilience ? Pour moi, la résilience, c’est toujours se relever, quelles que soient les épreuves de la vie, et s’en inspirer pour mieux gérer ce qui nous attend à l’avenir. La résilience, c’est vivre sans amertume et rester ouvert aux autres quoi qu’il se passe. On peut avoir des moments durs, très durs, de désespoir même, mais il faut toujours retrouver le chemin du sourire et de l’espoir, sachant apprécier ce qu’on a de beau dans sa vie sans s’attarder trop sur ce qui peut aller mal. Donc transformer les émotions enfouies en quelque chose de positif, de vivant, oui, c’est la résilience.
Comment votre fille a-t-elle accueilli Starting Over et cette mise en lumière d’un chapitre aussi intime de votre histoire ? Quand Ditzar m’a proposé de produire et publier cette chanson, ma réaction immédiate a été de dire que c’était impossible, que c’était trop intime, qu’elle était pour ma fille, pas pour les autres, que je ne me voyais pas étaler cette histoire devant tout le monde, qu’elle le prendrait très mal, que ça ne pourrait qu’empirer les choses. Mais avec le temps, il m’est venu une évidence : je n’arriverais jamais à lui faire écouter cette chanson autrement. La démarche de publication pouvait au contraire désacraliser la chose et faciliter le fait de lui faire écouter. Ça peut paraître paradoxal, mais c’était le cas. Ma fille n’a pas mal pris la mise en lumière de notre histoire. Elle a d’ailleurs validé avec Ditzar la pochette sur laquelle elle figure enfant et m’a donné la permission d’utiliser des images d’elle enfant dans le clip. Mais on ne peut pas dire qu’une chanson règle en un coup des années de silence et d’incompréhension. Encore une fois, ce n’est que dans les films américains que les choses sont si simples. Mais disons que ça a déclenché un certain dialogue et nous a permis d’entamer une nouvelle ère dans notre relation.
La chanson peut-elle devenir une manière de transmettre à ses enfants une part de vérité que l’on n’a pas toujours su dire autrement ? Clairement, oui. Ce n’est pas toujours facile de parler à ses enfants de choses intimes. Quand on pose des mots sur papier et ensuite sur des notes, on est libre de ce qu’on va dire, on peut laisser parler son cœur. Et on n’est pas obligé d’être là au moment où ils l’entendent.
Avec Ditzar, vous avez créé le label ATYPIC SD. Que représente cette indépendance pour vous ? Il ne faut pas se leurrer. Ce n’est pas facile de créer un label. Les obstacles sont multiples et on peut se sentir très seul dans une industrie peu accueillante. Mais cette indépendance est aussi merveilleuse car avec Ditzar, on a pu inventer et faire évoluer notre propre univers artistique et notre propre façon de faire. On est libres. On fait nos propres choix. Rien ne nous est imposé. On avance main dans la main et parfois avec l’impression qu’on est seuls contre tous, mais tant qu’on est ensemble, on peut tout surmonter.
Vous évoquez déjà l’envie d’écrire une comédie musicale originale. Est-ce une manière de réunir toutes les facettes de votre parcours ? Pour moi, c’est un retour aux sources. Depuis mon enfance en Angleterre, je suis une fan absolue de la comédie musicale. De la télévision avec les films de Fred Astaire et de Gene Kelly à la scène du West End à Londres où j’allais régulièrement assister aux grandes productions modernes. La comédie musicale m’a toujours fait vibrer et m’a toujours transportée. Les deux chansons que j’ai composées sont d’ailleurs fortement influencées par le style des comédies musicales. Pour Ditzar, la comédie musicale est une découverte récente au travers de notre relation, mais il a immédiatement adhéré à cet univers. Notre projet d’écrire une comédie musicale ensemble nous anime tous les deux aujourd’hui et on n’attend qu’une chose, c’est de se trouver dans des conditions dans lesquelles on pourra le faire. C’est un projet ambitieux et qui prendra du temps, mais on sait tous les deux à quel point on prendra plaisir à le faire.
Quel rôle aimeriez-vous jouer aujourd’hui dans la vie des femmes qui découvriront votre musique ? Ce serait prétentieux de ma part de présumer un quelconque rôle dans la vie des femmes, mais si je peux en toucher quelques-unes avec mes récits, si elles peuvent se retrouver dans ce que je raconte et se sentir peut-être moins seules, ce serait déjà merveilleux.
Enfin, si Cœur qui bat devait laisser une seule sensation aux auditrices de Be-Femme, laquelle aimeriez-vous que ce soit ? Qu’il n’est jamais trop tard pour réaliser ses rêves !










